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Education aux médias

Les jeunes et les médias, un enjeu public majeur

un article de Christian Gautelier extrait de la revue des Ceméa, Vers l’éducation nouvelle n°514
Mis en ligne le mercredi 31 mai 2006.

Un article de Christian Gautellier [1]

Extrait de "Vers l’éducation nouvelle" n°514

Jeunes et médias, jeunes et écrans, derrière cette relation se profile l’activité dominante des enfants et des jeunes, dans leurs temps de loisirs. De six à huit heures par jour si l’on prend en compte aussi bien les pratiques liées aux supports écrits qu’audiovisuels ou multimédias [2].

Certes cette consommation n’est pas que mono-centrée, elle est aussi assez souvent en usage « tapisserie » et différente en terme d’implication, selon que les médias sont des pull ou push médius [3].

Avant de réfléchir et de poser quelques pistes, à partir de nos pratiques de mouvement d’éducation nouvelle, sur la problématique protection/éducation, il nous semble utile de regarder comment cette relation enfants, jeunes, écrans et médias fonctionne, pour bien la comprendre et donc agir, et de rappeler les fondements de toute éducation aux médias.

Une vision nécessairement pluri-média

Une donnée paraît essentielle : on ne peut isoler un seul écran, un seul média, nous devons nous situer dans une vision pluri-média, trans-écrans, tant les jeunes passent de l’un à l’autre, tant les contenus sont hybrides et inter-dépendants, l’écriture jouant un rôle central et apparaissant comme un méta-média.

Les outils théoriques d’analyse et de compréhension du fonctionnement des médias dans leurs relations aux publics, sont à prendre de manière croisée et complémentaire. Tous les travaux behavioristes sur l’impact et l’influence des médias sur leurs publics (ce que les médias font aux gens) peuvent nous éclairer lorsque l’on travaille sur des questions comme la violence et les médias, la publicité et les médias, les valeurs véhiculées par les médias... Mais ceux d’inspiration fonctionnaliste, raisonnant en terme d’usages, qui pourraient paraître s’y opposer (ce que les gens font des médias), sont essentiels pour comprendre et re-situer les pratiques des jeunes, bien au delà des clivages hâtifs actif/passif ou éducatif/divertissant.

La réception des images est un processus actif. L’enfant est en permanence sollicité, il entre dans les images, s’y déplace en pensée. Des interactions s’opèrent entre l’image symbolique vue et la représentation antérieure que l’enfant a de ce qu’il est en train de voir, des représentations se déconstruisent et se reconstruisent.

Au-delà de la mobilisation d’émotions, de sentiments, l’enfant s’implique souvent également corporellement [4]. De même, dans les émissions de libre antenne, au delà de la surenchère permanente et des dérapages associés, les jeunes trouvent un espace d’expression et d’écoute sur des sujets les concernant, ce qui est important.

Enfin, on ne peut faire l’impasse sur les dimensions socio-économiques des médias qui plongent les jeunes, dans un bain commercial permanent, étroitement articulé à la vision d’une société libérale marchande, instrumentalisant leur parole et leur participation, et les parents dans une forte pression publicitaire où modernité technologique rimerait avec réussite.

Les publics jeunes ont à la fois une certaine autonomie par rapport aux médias, mais en même temps, ils sont fortement influencés dans la construction de leurs univers, de leur imaginaire, de la vision qu’ils ont du monde et des autres. Les rapports sont très complexes et nous invitent à mettre en place des politiques éducatives et culturelles et des actes pédagogiques précis, globaux et permanents.

Les formes et les contenus de l’offre médiatique sont extrêmement diversifiés et renforcés par la redondance. On trouve « de tout » : des contenus de qualité, des programmes commerciaux exacerbés par la concurrence, des scénarios ou concepts d’émission aux valeurs contestables, des images hyper-violentes, pornographiques, discriminatoires, racoleuses...

C’est dans ce cadre, certes trop rapidement posé des réalités de « l’usage-consommation » que font les jeunes des médias, que l’approche des éducateurs doit être pensée notamment en terme de protection et de prévention, de participation, d’éducation et d’engagement citoyen. Elle doit s’inscrire également dans le cadre d’une réflexion sur l’ensemble des pratiques culturelles et de loisirs des jeunes, une partie non négligeable de l’usage des médias qu’en font ceux-ci, s’inscrivant dans une réalité d’activité « bouche trou » faute d’autres sollicitations.

Une politique de protection ne suffit pas

La protection est nécessaire mais elle se situe dans une démarche en quelque sorte d’après coup, il s’agit de choix ou de politiques d’accompagnement ou de rattrapage. Elle n’a de sens que si elle est fortement articulée et surtout ancrée dans des politiques de l’amont, en matière d’offre de programmes ambitieuse pour les publics jeunes, d’anticipation et de prévention, en un mot d’éducation.

Ainsi les Ceméa sont impliqués, avec tous les autres acteurs membres du CIEM [5], pour œuvrer avec les instances de régulation (le CSA, par exemple) et les éditeurs-concepteurs de programmes, dans cette direction. L’approche de type protection pose la question du lien avec les familles.

Il s’agit bien de mettre en place une co-régulation et des co-responsabilités « familles, pouvoirs publics, éditeurs » [6], non seulement au regard de l’accessibilité de l’offre (cf les diverses politiques « d’étiquetage », mais aussi et surtout, dans la conception et l’élaboration de cette offre. Ce dernier aspect est d’autant plus crucial qu’il est loin d’être accepté. On dit éventuellement « d’accord » pour la représentation des parents ou des professionnels de l’enfance dans des comités de visionnage, mais on bloque toute hypothèse de présence en amont, dans les politiques de choix de conception et de contenus.

Des contenus et programmes de qualité pour les jeunes

Il est donc nécessaire de se mobiliser pour l’émergence de contenus et de programmes de qualité s’adressant aux jeunes. Souvent le débat sur les contenus se centre sur la violence, cette approche est trop restrictive, occultant la questions des modèles ou des valeurs véhiculés par ces contenus.

L’action des Ceméa à ce premier niveau est triple. Elle se situe d’abord auprès des décideurs politiques notamment du service public mais aussi des éditeurs privés indépendants. Ils ont la responsabilité de mettre en place des programmes s’appuyant sur des valeurs positives, échappant aux logiques commerciales, qui transformeraient les jeunes non en super consommateurs, mais en jeunes citoyens.

On peut prendre l’exemple des radios où l’on voit bien l’intérêt pour les jeunes de trouver des espaces d’expression forts et directs et où existe seule une offre très commerciale aux contenus poreux en matière d’éthique, de respect des personnes, des femmes notamment. Le service public a un rôle majeur à jouer en proposant des programmes s’adressant spécifiquement aux adolescents. Il est urgent d’arrêter de confondre liberté d’expression commerciale où le consommateur est roi, et liberté d’expression citoyenne... C’est un combat sur les valeurs et le sens de notre société qui est en jeu.

Lire l’ensemble de l’article de Christian Gautelier sur le site des Ceméa

[1] Directeur des publications et de la mission « Enfants, écrans, jeunes et médias » des Ceméa. Administrateur du CIEM et membre du Conseil d’orientation du CLÉMI.

[2] Cf. Le rapports de M. Dagnaud. Les enfants, acteurs courtisés de l’économie marchande, février 2002.

[3] Pull média, où l’on va chercher l’information, par exemple, sur un site web, push média, où celle-ci est diffusée vers l’utilisateur à la télévision, par exemple.

[4] Le petit écran des enfants, Jean-Pierre Carrier et Christian Gautellier, Actes Sud Éducation.

[5] Collectif Interassociatif Enfants Médias.

[6] Cf. Le rapport du CIEM. L’environnement médiatique des jeunes de 0 à 18 ans, que transmettons-nous à nos enfants ? mai 2002.


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