Mis en ligne le lundi 17 juillet 2006.
Extrait d’un article de Franck Debié [1] intitulé : Réconcilier la jeunesse avec sa liberté.
(...)
« La vie de la jeunesse reste très prisonnière de l’institution scolaire. Or, pour beaucoup, la scolarité est subie comme un enfermement. La réussite scolaire monopolise l’attention de beaucoup de parents. Les notes, les examens prennent une dimension existentielle. Le système est prompt à ignorer et à stigmatiser ceux qui
ne réussissent pas.
Face à l’institution scolaire qui organise leur vie,
les jeunes sont très démunis en matière de recours. Ils ne peuvent pas faire changer l’école. Ils y apprennent que les dispositions qui règlent leur vie ne dépendent absolument pas d’eux. Le temps disponible
pour les activités extra-scolaires est restreint ; elles sont vues comme des activités de détente plus que comme un espace de réussite alternative.
Les mineurs scolarisés ne peuvent pas dans
les faits conduire, emprunter, travailler à temps partiel, gagner un peu d’argent (en dehors des vacances), devenir locataires d’un appartement. L’école n’apprend pas la liberté et l’autonomie, elle ne favorise pas vraiment les goûts personnels, elle apprend plutôt la patience, l’indifférence et l’attentisme.
L’absence d’information fiable est la première source de stress
de la jeunesse. Les jeunes qui n’ont pas des parents avertis et
attentifs n’ont personne à qui parler. Les professeurs ont des idées
vagues et souvent datées sur les carrières en dehors de la fonction
publique ; ils pensent que ces questions sont à la marge de leur
champ de compétences disciplinaires.
Les services d’orientation sont bureaucratisés et débordés. Les entreprises sont pratiquement absentes. Les filières prolifèrent depuis 15 ans. La valeur des qualifications qu’elles permettent d’acquérir est sujette à caution.
Aussi les rumeurs, le conformisme - l’instinct grégaire plus que
les vocations précoces, les goûts ou les aptitudes - déterminent les
premiers choix. Faute d’information, les jeunes se trouvent presque
tous privés de la première décision importante de leur vie : leur
propre orientation. L’ayant subie, ils vivent leurs premiers échecs
sur le marché de l’emploi comme une injustice qu’on leur a faite. Ils
se sentent trompés par ceux qui ont pris les mauvaises décisions à
leur place. Malgré les efforts qu’ils ont fournis, les résultats ne sont
pas à la hauteur des espérances. On les a abusés. Ils en conçoivent
une colère qui leur paraît légitime. C’est elle qui s’exprime dans
une partie des manifestations anti-CPE. Ce sentiment de peiner en
vain les habite parfois avant d’avoir quitté les bancs de l’école ou
de l’université. Comment préparer une réussite sérieuse dans des
classes bruyantes, devenues les réceptacles de l’incivilité, dans des
amphithéâtres surchargés, avec ces professeurs désabusés, qui ont
vu l’échec des promotions précédentes ? Dans beaucoup de bacs professionnels,
de cycles courts, de BTS, de DEUG massifiés et même
de masters aux débouchés virtuels, les étudiants découvrent, trop tard qu’ils ont été floués par un "système" qui n’avoue pas ses propres échecs, qu’ils sont utilisés pour faire masse, maintenir des classes, accroître des budgets.
Beaucoup se sentent écartés "délibérément" au profit d’autres, pas nécessairement doués qu’eux, mais mieux informés et mieux guidés.
»
(...)
L’ensemble de cet article de Franck Debié et l’ensemble des contributions sur le site www.fondapol.org
avec Cyberdoc (Lucien Margoulet)