Un entretien avec le sociologue Camille Peugny paru dans Agora débats/jeunesses n°49
Mis en ligne le samedi 27 juin 2009.
Entretien avec Camille Peugny [1]
réalisé par Cécile Van de Velde [2]
Définissant le déclassement en termes de mobilité sociale entre générations, l’auteur éclaire l’histoire des générations nées dans les années 1960 pour lesquelles la mobilité sociale ascendante diminue alors que les trajectoires
descendantes sont en augmentation.
Le sociologue analyse les effets de cette dynamique sur ceux qui vivent ce déclassement : perte de confiance dans l’institution scolaire, sentiment d’appartenance à une « génération sacrifiée » ou constat d’un échec personnel.
Il souligne aussi le paradoxe d’un refus du libéralisme économique accompagné d’une hostilité marquée vis-à-vis de populations éloignées du travail que ces déclassés considèrent comme assistées.
Extrait :
« Agora : Qu’appelle-t-on le déclassement ?
Camille Peugny : Le déclassement est devenu un thème omniprésent dans le
débat public. Lors des dernières élections présidentielles, les deux candidats finalistes
n’ont cessé de décrire une « France qui a le sentiment que quoi qu’elle
fasse, elle ne pourra pas s’en sortir, une France qui a peur du déclassement, une
France qui vit dans l’angoisse [3] », ou encore « une France où les plus fragiles, les
plus modestes, les plus précaires se sentent désespérément tirés vers le bas [4] ».
Ainsi décrite, la France regarderait vers le bas, les classes moyennes se sentant
irrésistiblement précarisées et les classes populaires risquant chaque jour davantage
de venir gonfler les rangs des « exclus ».
Pourtant, le déclassement n’est jamais clairement défini : présenté de la sorte,
il reste avant tout un sentiment diffus, une crainte, palpable mais subjective.
Dans mes travaux, je propose d’aborder le déclassement à travers le prisme
de la mobilité sociale entre les générations. Si de plus en plus d’individus ne parviennent
pas à maintenir la position sociale de leurs parents, si les flux de mobilité
sociale descendante augmentent, alors le déclassement est un phénomène qui
marque la société française et il devient possible de donner une mesure chiffrée,
la plus précise possible, de l’intensité du phénomène. »
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- L’expérience du déclassement
- Un entretien avec le sociologue Camille Peugny paru dans Agora débats/jeunesses n°49
[1] Camille Peugny
Chargé d’études à la Direction de l’animation de la recherche, des études et des
statistiques/ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité
et de la Ville, et enseignant à Sciences-Po
Laboratoire de sociologie quantitative du Centre de recherche en économie et
statistique
[2] Cécile Van de Velde, sociologue à l’EHESS : École des hautes études en sciences sociales
[3] Nicolas Sarkozy, discours à Rouen le 24 avril 2007.
[4] Ségolène Royal, discours à Lyon le 27 avril 2007.