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intervention

L’accompagnement, enjeu de l’animation

Mis en ligne le mercredi 7 février 2007.

En novembre 2005, la DDJS de la Nièvre a initié [1] une journée départementale sur le thème "accompagner les jeunes".

A cette occasion, Alain Blandin, conseiller jeunesse à la DDJS est intervenu sur le thème "l’accompagnement, enjeu de l’animation". Ressources jeunesse propose ici le texte de son intervention.

Les autres contenus de la journée sont par ailleurs consultables en téléchargeant les actes de la journée mis en ligne ci-dessous et mis à disposition par la DDJS de la Nièvre.

Intervention d’Alain Blandin :

"Quelques repères pour nous aider à poser la réflexion sur la manière d’aborder l’accompagnement des jeunes dans la pratique :

1/ L’approche socio-historique

Toutes les analyses historiques et sociologiques s’accordent à dire que la place des jeunes dans la société n’est plus la même que celle d’il y a 50 ans. En effet, l’évolution de la société a modifié la situation des jeunes (allongement des études, arrivée plus tardive dans la vie active, difficulté des jeunes à vivre et à s’approprier la phase intermédiaire entre les études et la vie professionnelle...).

Force est de constater qu’il existe une réelle nécessité à accompagner les jeunes dans cette phase intermédiaire par ce que les difficultés des jeunes sont multiples (logement...) et que cette phase est de plus en plus longue et génère une situation de stress, de risques économiques, sociaux....

Poser la question de l’accompagnement est un signe des temps : de plus en plus de colloques sont organisés sur l’« Accompagnement » Exemple : Colloque d’Urigny en avril 2004 : « Du coaching à l’accompagnement »

2/ Evolution du métier et difficulté de la profession

Le métier d’animateur n’est plus ce qu’il était il y a une vingtaine d’années : l’animateur ne fait pas seulement de l’animation, il doit aussi être force d’écoute et de proposition dans des champs qui ne relèvent pas de ses compétences traditionnelles.

Chaque jour les "problèmes des jeunes" (renforcés par la surmédiatisation en particulier des "événements des banlieues") semblent de plus en plus nombreux, de plus en plus importants. Ils ne concernent pas seulement l’accès aux loisirs, mais aussi plus globalement l’insertion sociale (accès au logement...), l’insertion professionnelle...

Ces problématiques dépassent le cadre classique de l’animation, sa formation initiale et concernent des problématiques de prévention ( prévention de la délinquance, prévention des conduites à risques...).

Dans ce contexte l’animateur, puisqu’il s’occupe des jeunes, est censé répondre à tous les besoins, faute de quoi son intervention est remise en cause. Mais est-ce bien logique de faire porter le poids de cette responsabilité aux animateurs à qui on demande d’être capables de répondre à tous les besoins ?

Les jeunes, les employeurs, les institutions sollicitent les animateurs sans se rendre compte qu’ils demandent à l’animateur de répondre là où les autres interventions ont échoué et sans donner obligatoirement les moyens, sans fixer des objectifs opérationnels précis.

L’animateur se sent frustré :

- d’une part il regrette le manque de lisibilité du métier d’animateur qui a un rôle trop global par rapport aux partenaires considérés comme des spécialistes.

- d’autre part, ses missions sont trop nombreuses, ses missions trop floues, tant et si bien qu’on constate chaque jour l’émergence de projets trop flous, trop généreux et dont on ne voit pas l’efficacité, l’impact, du fait qu’ils doivent répondre à trop d’objectifs, à trop de paramètres. Une meilleure efficacité des animateurs passe, entre autres, par une revalorisation du métier (formation continue, identification plus précise de profils de postes, formulation claire des missions...).

Les démarches d’accompagnement n’échappent pas à la confusion générale (confusion entre accompagnement individuel, accompagnement collectif - animation collective ; pluralité des finalités : épanouissement personnel, insertion sociale...). Que veut-on privilégier ?

On ne pourra démonter l’efficacité de l’accompagnement de jeunes par les animateurs que si on fixe les objectifs opérationnels visés, à charge pour les animateurs, pour les employeurs, pour les institutions de se doter des outils de développement et d’évaluation nécessaires à une réelle politique d’accompagnement.

3/ La question des postures éducatives

En théorie, 4 postures éducatives peuvent être répertoriées :

- posture d’autorité (cadre) : être « au dessus »

- posture contractuelle : être « ensemble »

- posture d’animation : être « autour »

- posture d’accompagnement : être « à côté de »

Dans la pratique, les professionnels passent d’une posture à une autre. La difficulté d’être animateur-accompagnateur réside dans la nécessité de passer de l’une à l’autre.

Ce savoir-faire et ce savoir-être nécessitent une formation adéquate où l’animateur apprend à gérer les situations et à aider le jeune à construire et à expérimenter son autonomie dans un cadre défini, selon des processus identifiés et avec des objectifs clairs.

4/ Des situations repères

On n’en est pas encore à la définition des parcours d’accompagnement et d’autonomisation dans le champ de l’animation mais on peut déjà identifier des situations-repères :

- Une logique, un espace basé sur un accompagnement individuel. Ce type d’accompagnement porte sur des projets qui concernent la personne : des projets qui tiennent à cœur au jeune (projet motivé par une passion...) ou à l’opposé les situations personnelles difficiles (difficultés affectives, psychologiques, d’insertion sociale, professionnelle...).

Ce mode d’accompagnement est basé sur une relation duelle. Les animateurs peu préparés à la gestion de ce type de situation fonctionnent plutôt à partir de leur charisme personnel et font peu appel à des outils (outils de diagnostic, de suivi) qui sont surtout utilisés par les professionnels de l’accompagnement social ou psychologique.

Par ailleurs, les structures qui emploient les animateurs ont des difficultés à identifier le rôle exact des animateurs dans ce domaine. L’animateur est très vite suspecté de s’occuper des problèmes personnels des jeunes, des jeunes qui ne sont pas dans la structure qui emploie l’animateur ou des jeunes qui devraient être suivis par d’autres structures (missions locales, équipes de prévention...).

- Une logique d’accompagnement collectif basé sur la progression des individus au sein d’un groupe :

o Cela part de l’animation des groupes où une certaine attention est accordée aux individus (démarche pédagogique centrée à la fois sur le groupe et la l’individu).

o Cela passe par un accompagnement toujours basé sur l’animation du groupe mais axé sur des difficultés repérées des jeunes dans le domaine de la santé, du travail... Relève de ce type d’accompagnement par exemple les actions de prévention qui visent un début de résolution d’un problème précis identifié chez les individus (problème de comportement alimentaire...)

o Cela passe aussi par l’accompagnement de groupes plus ou moins autonomes. Ce mode d’accompagnement n’est plus uniquement l’animation d’une activité technique mais consiste à faciliter l’autonomie des jeunes. Relève de ce type d’accompagnement les départs en vacances de groupes de jeunes, les chantiers de jeunes.

5/ Les risques et les limites

Accompagner, c’est nécessairement prendre un risque. En effet, accompagner le jeune en se positionnant « à côté », c’est accepter une situation de risque et cela est vrai pour le jeune, pour l’animateur, pour l’institution.

Se placer dans une situation où l’adulte ne maîtrise plus l’ensemble des paramètres et permettre aux jeunes d’expérimenter les possibles, c’est accepter de se mettre dans une situation de faiblesse, c’est faire le pari des capacités des jeunes à avancer en direction d’un futur inconnu.

Accompagner ce n’est pas manipuler les jeunes pour les amener là où on pense que ce serait bien. Nous vivons dans une société qui a peur de l’inconnu mais où l’inconnu est sans cesse présent et ne peut être évité.

Certains sociologues parlent d’une société "fluide" c’est-à-dire d’une société où la stabilité a disparu et où tout doit être construit.

Accompagner c’est une présence bienveillante qui apporte du sens, une continuité dans un monde en plein bouleversement. C’est cela que les jeunes disent attendre des adultes.

Dans ce contexte, accompagner les jeunes, les aider à se construire leur futur ce n’est pas leur dire où ils doivent aller, ce qu’ils doivent à tout prix faire.

Il y a une ambiguïté et une illusion à vouloir accompagner les jeunes vers un futur prédéterminé, des objectifs concrets qui seraient décrétés par un adulte qui n’ose pas avouer qu’il ne maîtrise plus ce qui arrive et n’a qu’une idée floue de ce qui est réaliste.

Les jeunes se laissent de moins en moins duper par les injonctions peu crédibles des adultes. On s’en aperçoit dans beaucoup de domaines (emploi, mode de vie...).

6/ Des pistes de travail à explorer

- Définir des profils d’animateurs - accompagnateurs. Il ne s’agit pas d’imposer un profil type d’animateur - accompagnateur. Il y a des accompagnements plus axés sur :

o L’accompagnement de groupes à travers la co-construction de projets collectifs favorisant basés sur l’autonomisation des jeunes. Ce type d’accompagnement est plus particulièrement adapté aux démarches à mettre en œuvre avec les adolescents, encore faudrait-il ne pas "oublier" ce public, encore faudrait-il donner les moyens aux structures de consacrer le temps nécessaire et d’accepter les risques que suppose une telle démarche....

o L’accompagnement global individualisé, dans le domaine social, professionnel. Dans ce domaine l’intervention de l’animateur se situe aux frontières de son rôle et de celui des autres acteurs.

C’est la situation locale concrète (existence ou pas des partenaires adéquats pour la solution du problème du jeune ..., qualité de la dynamique de partenariat qui détermine la place et l’intervention de l’animateur (il ne s’agit pas de faire à la place de, mais de trouver effectivement une réponse pour le jeune et donc de faire ensemble...). l’animateur a une fonction d’écoute, de mise en relation, de suivi....

o Si des compétences de base sont nécessaires à tous les animateurs qui sont de plus en plus amenés à faire de l’accompagnement, la définition du profil de l’animateur- accompagnateur est directement liée à la réalité du terrain et repose sur le projet local d’accompagnement qui doit être élaboré à partir d’une analyse de l’environnement, des publics jeunes, des missions de la structure, des dynamiques locales à soutenir....

- Mettre en place des partenariats, des échanges et construire des protocoles. Certaines structures commencent d’ailleurs à travailler sur ce thème. Exemple : le Bureau Information Jeunesse, des Centres Sociaux comme celui de Luzy (Nièvre) [2].... Ces structures se sont aperçues qu’il fallait notamment définir un cadre pour clarifier le rôle et les limites de l’intervention des animateurs, savoir quand passer le relais.

- Mettre en œuvre une meilleure articulation et complémentarité des niveaux techniques, institutionnels, politiques :

Pour être efficace dans l’accompagnement des jeunes, il est nécessaire de penser et souvent de faire évoluer les relations entre les divers acteurs et donc de redéfinir l’articulation entre le technique, l’institutionnel et le politique.

Nombre de situations d’accompagnement bloquent à cause de dysfonctionnements à ce niveau. L’animateur ne doit pas, ne devrait pas être laissé seul face à des dynamiques qui dépassent sa compétence technique et dont la résolution suppose une résolution institutionnelle et parfois politique. A chacun son rôle, sa responsabilité.

Enfin, quelques pistes de travail concrètes pour aider les animateurs à mieux appréhender l’accompagnement :
- Former les animateurs à l’écoute, à la médiation, au "coaching" ...
- Construire des cadres en mettant en place des accords entre les structures (Services Jeunesse, Missions Locales, Centres Sociaux...).

Télécharger des actes de la journée départementale (1,4Mo)

PDF - 1.4 Mo
accompagner les jeunes
journée départementale organisée par la DDJS et ses partenaires du département de la Nièvre (décembre 2005)

[1] Trois autres partenaires étaient notamment associés à l’organisation de cette journée : la CAF de la Nièvre, le conseil général et le GIP -DSU contrat de ville de l’agglomération de Nevers

[2] ndlr : voir la témoignages dans le compte-rendu proposé en téléchargement


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